SophieDiscours

 

Bienvenus et merci d'être venus célébrer avec nous le dixième anniversaire de l’AMAP Côte Pavée.

Un peu de fond pour expliquer pourquoi il est franchement impossible que Fraser et moi soyons devenus producteurs pour un groupe de voisins à Toulouse, à la recherche de légumes de saison sains chaque semaine.

Nous avions tous deux vécu à Londres depuis 20 ans, les deux militants politiques - socialiste et anarchiste - Fraser travaillant dans l'éducation, la gestion d'un grand projet informatique de l'université de Londres, et moi avec les réfugiés et les demandeurs d'asile. Les deux fatigués de la vie de la ville, l'idée de vivre en France et d'essayer quelque chose de complètement différent semblait excitant et stimulant. Je me souviens avoir dit à mes amis et la famille que je serais de retour en 2 ans, parce que cela ne marcherait pas !

Donc, nous sommes arrivés en France en Novembre 2004  (l'année la plus froide, nous a-t-on dit, depuis 30 ans !) et, en quelques mois, nous avions pris contact avec François Blanc.

Nous devons beaucoup remercier François. Il se trouve qu'il était l'un des protagonistes du système AMAP en Midi-Pyrénées. Nous n’avions bien sûr jamais entendu parler des « Amap », mais quand il a décrit cette façon d’échanger des légumes pour de l’argent, cela semblait parfait. Il nous a même parlé de certains producteurs qui, malheureusement, ont été incapables de fournir des légumes un hiver en raison du mauvais temps, et qui, en raison de la relation « risque partagé » avec leur groupe Amap, avaient été en mesure de poursuivre la saison suivante. Cela semblait vraiment parfait.

Ainsi, l'Amap Cote Pavée est née lors d'un pique-nique ici à la ferme le 18 juin 2006. Nous avons eu un groupe de dix adhérents du quartier. Parmi ces dix premiers étaient deux voisins qui vivaient en face les uns les autres sur la même rue, qui avaient tous les deux à peu près 75 ans. L'un était un réfugié d'Italie, il avait échappé à Mussolini pendant la guerre et trouvé refuge à Toulouse. L'autre était une femme qui s’était échappée d'Espagne de Franco en traversant les Pyrénées et avaient trouvé refuge à Toulouse. Il y a évidemment un point politique à faire sur la façon dont la France dans les années 1940 a accueilli des personnes en quête de sécurité de la guerre et de la persécution.

Mais la vérité est que ces deux personnes se détestaient entre elles parce que l'italien était un communiste fervent et l'Espagnol était un catholique pratiquant ! 

Au début, les paniers coûtaient 20 euros et les distributions avaient lieu dans le barre des Crêtes. C’était très pratique : Fraser pouvait obtenir un verre de bière et de fumer une clope en secrèt chaque semaine avec ses nouveau copains.

Cependant, les distributions étaient les lundis : horreur ! Nous avons dû faire la récolte le dimanche après-midi donc pour les quelques premières années et nous avons travaillé 6,5 jours par semaine.

En fait, ces premières années ont été assez difficiles pour nous. Nous ne connaissions personne du tout ici au début.  Je ne parlais pas français et Londres manquait à Fraser. Nous avons travaillé tout le temps et nous n’avons pas pris de pauses. C’est en fait grâce à quelques amapiens que nous avons eu notre première pause ensemble, au printemps 2009, lorsque Cyril et Sandra ont gardé la maison et les animaux pour nous : nous sommes allés à Bilbao pour le week-end ! Hourra !

Depuis lors, il y a eu d'innombrables fois ou vous nous avez aidé :  planter des tomates, des courges récolter les patates, désherber les serres, donner de l’argent pour les poulets après une attaque de renard (deux fois !), la construction de nouvelles serres (également deux fois - la dernière fois avec les temps pénibles !) et même nous prêter de l'argent pour acheter un nouveau champ ... Nous vous remercions pour tout cela.

Au moins aussi important que ces actes de solidarité, nous avons eu le sentiment que semaine après semaine vous avez été à côté de nous dans notre travail, les bénéficiaires avides et enthousiastes quels que soient les légumes que nous avons mis dans les paniers (ou presque - en dehors des blettes peut-être).  Vous êtes nos partenaires plutôt que nos clients, vous nous avez invités dans vos maisons pour les repas, vous avez partagé nos succès et nos échecs, vous mettez en place chaque semaine toute l'année (bien - en dehors des vacances d'été évidemment !). L’AMAP Cote Pavée est la lumière dans notre ciel et nous vous remercions de faire une grande partie de notre aventure. 

À votre santé!